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skepvox

Il y a un intervalle entre l’idée et la représentation concrète dont chacune dépasse l’autre et l’enveloppe.

Le passage du souvenir à l’idée est plus délicat que le passage de la perception au souvenir. Car le souvenir se distingue de la perception comme l’absence se distingue de la présence. Il y avait entre la perception et son objet un intervalle spatial, comme il y avait un intervalle temporel entre la perception et le souvenir. L’idée elle-même est étrangère au temps comme à l’espace : elle reçoit également une application dans tous les instants et dans tous les lieux. Elle est une opération qui n’a point par elle-même de contenu sensible, ou plus exactement qui peut recevoir les contenus sensibles les plus différents. Par conséquent, l’intervalle entre l’idée et l’objet (ou l’image) est assez facile à définir : c’est ce qui est représenté par l’opposition des deux mots concret et abstrait. Notons seulement qu’il y a une parenté plus étroite entre l’idée et le souvenir qu’entre l’idée et la perception, précisément parce que le souvenir, bien que se rattachant à un temps déterminé par sa matière et à un autre temps par son évocation, est ainsi arraché au temps — on dit qu’il devient alors une image — et parce qu’il est à la disposition de l’esprit qui le façonne à son gré, lui ajoute et lui retranche, et s’adapte ainsi à des représentations particulières qu’il suppose ou qu’il évoque. Il ne coïncide jamais avec elles et l’on peut dire aussi, tantôt qu’il est plus pauvre qu’elles (comme un schème encore vide que le sensible devra remplir), alors il mérite le nom de concept, tantôt qu’il est plus riche, comme s’il renfermait une multiplicité infinie de possibles que les représentations particulières, qu’il subsume, limitent et cherchent à traduire, mais sans parvenir à les épuiser.

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