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skepvox

[La perception m’établit dans le réel, bien loin de m’astreindre à sortir de moi-même pour l’atteindre.]

On peut considérer l’objet tantôt comme la réalité, telle qu’elle est antérieurement à toutes les perspectives particulières que nous pouvons prendre sur elle, comme leur source ou leur foyer (non pas qu’alors nous ayons affaire à la chose en soi, mais seulement, puisque l’objet subsiste comme objet, à une perspective en général non encore particularisée), ou comme la somme de toutes les perspectives actuelles ou possibles que l’on prendra jamais sur lui. Mais je sais bien que, dans la perception, j’atteins un objet réel, je ne confonds jamais l’objet avec la perception que j’en ai, de telle sorte que j’implique toujours l’existence d’un objet dont la perspective ne me donne jamais qu’un aspect. C’est là, si l’on peut dire, l’un des présupposés nécessaires ou l’un des facteurs inséparables de la perception elle-même. Dès lors, il revient au même de dire que l’objet est la somme de toutes les perceptions possibles et qu’il en est l’origine. Mais cette deuxième formule seule exprime la convergence de toutes les perceptions possibles et témoigne que chacune d’elles est une participation dans laquelle l’objet, en me révélant sa présence tout entière, me donne une partie de lui-même, celle précisément par où je coïncide avec lui dans la représentation même que j’en ai. La perception ainsi m’établit dans le réel, au lieu de m’obliger à sortir de moi-même pour essayer de l’atteindre. Je ne passe point de la perspective que j’ai sur l’objet à l’objet lui-même, mais j’enveloppe l’objet dans une perspective qui m’en découvre seulement un aspect. A plus forte raison, je ne projette pas hors de moi cette perspective elle-même, dont je sais bien qu’elle ne me donne pas l’objet lui-même, mais seulement une vue partielle que je puis prendre sur lui, comme l’a vu H. Bergson dans l’immortel premier chapitre de Matière et mémoire.

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