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skepvox

La conscience elle-même, à son sommet, n’est plus conscience de moi, mais conscience du monde ou, plus exactement encore, de cet acte même par lequel le moi se fait en assumant le monde.

Aussi longtemps que je garde la conscience de moi-même, l’intervalle entre le moi et le monde ne cesse de s’accuser, de telle sorte qu’il me semble que je dois renier le monde pour trouver le moi : telle est en effet la tendance d’un grand nombre de philosophies. Mais lorsque cet intervalle se comble, il ne faut pas dire que la conscience cesse, mais qu’elle devient par degrés plus parfaite. Alors aussi, on peut dire que le moi s’oublie, et qu’il n’est plus que la conscience du monde. Mais cet acte par lequel je deviens conscience du monde, est aussi l’acte par lequel je me fais moi-même en assumant, pour ainsi dire, le monde selon mes forces, et dans une perspective qui est la mienne propre. Cette conscience du monde ne devient la conscience du moi que lorsque déjà elle recommence à fléchir et à me séparer du monde. L’effort de la philosophie a été pendant longtemps d’obtenir que le moi s’oppose au monde : il sera bientôt d’obtenir qu’il le retrouve.

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