La conscience suppose toujours la corrélation entre un acte et une donnée : mais c’est limiter le sens qu’il faut donner au mot acte que de le définir comme toujours intentionnel.
La conscience, qui est un effet de la participation, ne peut pas se passer de l’opposition entre l’acte, qui marque notre participation intérieure à l’être, et la donnée, qui marque cette sorte d’achèvement de l’acte qui ne dépend plus de nous, mais d’une réponse que l’être nous fait. Telle est aussi la signification que l’on entend donner à l’intentionnalité quand on la considère comme l’attitude caractéristique de la conscience et qu’on l’oriente vers un objet qui vient s’offrir à elle, sans qu’on puisse dire que c’est elle qui le détermine : elle n’en détermine que l’apparition. Toutefois le mot intention est peut-être trop étroit pour caractériser l’acte propre de la conscience : il n’a de sens que sur un plan psychologique où déjà le temps intervient, il implique une sorte de présomption de l’objet dans la fin qui sert à définir l’intention, et comme une adaptation réalisée, ou exigée d’avance, entre l’opération et son effet. L’acte de la conscience a un caractère plus dépouillé : il n’est pas exclusivement psychologique ; il ne suppose pas un temps qui se déploie entre son point de départ et son point d’arrivée ; il n’implique aucune finalité, même désintéressée. Il n’anticipe nullement la possession qu’il pourra nous donner. Il est l’exercice pur d’une puissance du moi. Dans sa forme la plus parfaite, il ressemble à un jeu. Et ce qu’il nous apporte n’était ni prévu ni attendu, mais y correspond pourtant si exactement qu’il n’est rien de plus que le pur accueil de la conscience à l’égard de son accomplissement même.