L’intériorité et l’extériorité ne s’opposent pas comme on le croit, car l’intériorité est un faisceau de rapports d’extériorité.
L’opposition entre un dedans et un dehors qui s’excluraient l’un l’autre est trop simple et représente mal le rapport de la conscience et du monde. La conscience n’est rien si elle n’est pas la conscience d’un monde, d’un monde dans lequel elle nous situe, mais par tout un ensemble de relations qu’elle établit entre lui et nous. Ainsi notre apparente intériorité n’est rien de plus que cet ensemble de rapports que nous avons avec le monde (où nous sommes à la fois déterminant et déterminé) et qui est unique, si l’on considère que le centre même où ils viennent se croiser, et qui est nous-même, est incapable de se répéter. Ainsi l’intériorité ne serait l’intériorité de rien, elle constituerait une solitude impossible à rompre, si elle ne résidait dans ce faisceau original de rapports avec l’extérieur, qui nous rend à la fois solidaire du monde et unique au monde. Et si toute pensée est pensée du général et permet à la connaissance de se constituer, la pensée de l’unique ne peut être que sentie et vécue : c’est elle qui est la conscience que nous avons de nous-même.