[Il y a un dépassement dialectique de l’intention dans l’attention.]
Deux objections peuvent être élevées encore contre cette sorte de prééminence accordée à l’attention où l’on retrouve tous les avantages accordés à la conscience intentionnelle, mais en les surpassant :
1° On peut dire que la conscience transcendantale implique toujours une perspective en général dans laquelle l’attention, si elle est à son niveau, ne peut manquer de nous établir. — Ce qui est vrai sans doute, mais elle discerne précisément en elle la présence d’une telle perspective en général, et même d’une perspective individuelle qui la concrétise. Mais en la reconnaissant, elle cesse aussi d’être enfermée en elle. Elle se situe elle-même comme un centre de référence dans un tout a-perspectif dont elle exprime la limitation, et où elle reconnaît le plein de ce qui lui manque ;
2° On peut prétendre que cette attention elle-même n’est rien de plus qu’une attente et qu’au moment où elle est remplie, elle nous conduit à une sorte d’empirisme où les aspects du réel se découvrent à nous d’une manière occasionnelle et fortuite. Mais cela n’est pas vrai, non pas seulement parce qu’elle est attentive aux relations des aspects du réel, autant qu’au contenu de ces aspects eux-mêmes (et peut-être pourrait-on montrer que ce sont en effet les relations qu’elle retient, en raison de cette unité qui est en elle, et qui enveloppe par avance le tout de chaque chose et de toutes choses), mais encore parce que, étant l’acte propre de la conscience, elle n’est pas seulement attention à des données qui lui viennent du dehors, mais attention à elle-même et aux conditions de son exercice, de telle sorte que son activité n’est pas tant spectaculaire que dialectique, puisqu’elle ne peut accueillir aucun aspect du réel (objet, idée ou existence) autrement qu’en déterminant ses relations avec elle-même et avec tous les autres.