La découverte enveloppe en elle l’infini sous une double forme.
Mais les choses peuvent être présentées d’une autre manière. Car la découverte ne réside pas simplement dans une sorte d’appréhension d’un aspect du réel, qui donne à l’esprit un mouvement indéfini et appelle déjà tous les autres. Elle lie le fini à l’infini non pas seulement en nous engageant dans l’indéfini, mais en nous donnant dans le fini même une certaine possession de l’infini. Si la découverte nous donne une satisfaction parfaite, c’est parce qu’elle porte déjà en elle tout ce qu’elle nous promet. Comme le tout est déjà présent actuellement et non pas seulement potentiellement dans chacune de ses parties, ce qui nous oblige a l’appeler une partie totale, ainsi la moindre connaissance est déjà la connaissance plénière, en même temps qu’elle nous renvoie à d’autres ; il y a en elle une infinité actuelle, un contenu présent et ouvert que nous possédons et que pourtant nous n’épuisons pas. Et les différents esprits se distinguent peut-être les uns des autres dans le goût qu’ils ont tantôt pour acquérir la connaissance qu’ils n’ont pas, tantôt pour creuser toujours davantage celle qu’ils ont. Les uns se dissipent dans l’indéfini et les autres se concentrent si l’on peut dire dans un infini qui devient comme une pointe sans épaisseur. Ainsi ceux qui découvrent l’amour pensent tantôt qu’il n’y a rien qu’ils ne doivent aimer, ou cherchent dans un unique amour l’infinité de l’amour. Une œuvre d’art ne nous émeut que si elle nous paraît se suffire, que si elle nous révèle la beauté tout entière dans un seul de ses aspects, et nous croyons aussi pourtant qu’il est impossible de l’atteindre autrement qu’à travers l’infinité de ses formes différentes. Peut-être faut-il dire que la découverte nous oblige toujours à osciller de l’une à l’autre de ces deux attitudes selon que notre esprit cherche davantage, pour atteindre le réel, à s’étendre ou à s’approfondir. L’infini et l’indéfini de la découverte sont inséparables, s’il est vrai que l’infini de chaque chose est le croisement de toutes les relations actuelles avec toutes les autres choses.