[La méthode dialectique est une] analyse de la présence en présences particulières.
Toutefois il ne peut pas suffire de considérer l’acte de l’esprit comme étant simplement un acte de présence à tout ce qui est, comme si ce qu’il nous découvre était déjà ce qu’il est, avant même que notre esprit eût commencé à s’y appliquer. C’est ainsi souvent que l’on entend la découverte ou la révélation. Mais on observera deux choses : 1° c’est qu’il est nécessaire de faire une distinction entre cet acte de présence général, qui se confond en un certain sens avec l’attention et qui, étant une présence de l’esprit à lui-même, accompagne nécessairement toutes ses opérations, et les actes de présence particuliers qui sont toujours en rapport avec une fin particulière que nous nous proposons, et qui font éclater la richesse du monde et la diversité infinie de ses parties ; 2° c’est que les actes de présence particuliers ne trouvent pas toute faite la réalité qu’ils évoquent ou encore ne s’appliquent pas à une réalité préexistante. Cette réalité est extraite et circonscrite dans la totalité du réel, où elle n’existait jusque-là que potentiellement, par l’opération même qui se tourne vers elle. Elle est un effet de la perspective où nous sommes placés, et, si l’on veut, de l’intention que nous avons sur le monde. C’est pour cela que la méthode dialectique est une méthode analytique, et même doublement analytique, car dans la richesse indéfinie de l’acte indivisé, elle fait apparaître les puissances différentes que nous mettons en œuvre dans des opérations particulières, et comme aucune d’elles ne peut s’achever, elle évoque une donnée qui lui répond, mais qui semble à son tour être l’effet de l’analyse que nous faisons d’une immense donnée en quelque sorte potentielle, et dont les aspects n’éclatent que lorsque s’accomplissent les opérations mêmes qui s’y rapportent. Cette analyse est donc bien une analyse créatrice. C’est elle qui crée le monde, et qui, pour chacun de nous, lui donne sa figure.