[La présence immédiate] est un repos actif qui surmonte l’opposition de la passivité et de l’activité.
Dans cette présence immédiate, on peut dire indifféremment que la donnée est là à l’état pur comme le soutiennent les partisans de l’intuition, ou que la donnée s’est pour ainsi dire fondue et résolue dans l’opération, comme le soutiennent plus justement peut-être les intellectualistes. Les deux thèses sont moins différentes qu’il ne semble. Mais ce serait une erreur de penser que dans la possession de la donnée, l’acte vient pour ainsi dire expirer. Car c’est alors sans doute qu’il s’exerce de la manière la plus pleine et la plus parfaite. C’est une grave erreur de croire que l’activité ne réside que dans la recherche, qui est une activité entravée, et qu’elle meurt dans la possession, qui est une activité libérée. Nous dirons donc, de cette présence immédiate, que c’est en elle que nous éprouvons la satisfaction que nous cherchons. Hors d’elle nous n’éprouvons qu’un sentiment de solitude et de manque : dès qu’elle nous est donnée, il nous semble à la fois que nous pénétrons dans l’Être et que nous le recevons. C’est là un repos actif où l’antinomie de l’activité et de la passivité se trouve surmontée : l’activité même de notre esprit n’est plus tout à fait nôtre ; c’est elle qui est reçue. Et la passivité de la donnée cesse d’être extérieure à nous, c’est elle qui agit en nous.