[L’on peut distinguer trois principaux modes de correspondance.]
Quand on étudie la découverte, on s’aperçoit donc qu’elle réside dans une coïncidence exacte entre l’opération et la donnée. C’est cette coïncidence qu’il faudrait définir. Elle prend sans doute des formes différentes selon la nature différente des opérations que la conscience est capable d’accomplir. Si l’on reprenait la distinction classique de la forme et de la matière, il semble qu’elle pourrait être définie comme un creux qui se trouverait tout à coup comblé. Cette définition conviendrait également bien à la découverte mathématique où la solution viendrait satisfaire exactement aux exigences du problème, et à l’objet du désir qui, au moment où il est atteint, le remplit, comme s’il n’était lui-même que la conscience d’un manque. Mais toutes les opérations de la conscience participent en quelque sorte de la nature du désir. Toutefois cette forme elle-même n’est pas, comme on le croit, un contour rigide qui attend d’un objet préexistant qu’il vienne, pour ainsi dire, l’épouser. C’est pour cela que les expressions de matière et de forme doivent être abandonnées. La forme est un acte, mais un acte qui ne se suffit pas, parce qu’il ne peut pas de lui-même s’achever. Il est lui-même déterminé de quelque manière, au moins dans sa potentialité, sans quoi il ne se distinguerait pas de l’acte pur ; c’est dans l’actualité de la donnée qu’il trouve le moyen de se réaliser, c’est en elle qu’il se reconnaît lui-même, au moment où elle lui donne la possession de ce vers quoi il tend. Et l’on peut sans doute distinguer à cet égard trois sortes de rapport entre l’opération et la donnée, selon que : 1° comme dans les opérations mathématiques, qui ont un caractère abstrait, la donnée ne se distingue de l’opération que comme l’opérant de l’opéré (avec des réserves toutefois, car l’opéré n’est jamais le dernier terme de l’opération) ; 2° ou, comme dans les opérations que nous faisons sur les choses, nous ne puissions pas dépasser les actions de surface qui consistent dans leur composition mutuelle, bien que les effets, et même en un certain sens les lois que nous devons respecter en les composant, s’imposent à nous plutôt que nous n’en sommes maîtres ; 3° enfin, nous avons affaire à des opérations qui intéressent les autres êtres, et où la réaction qu’elles produisent, bien que toujours appelée par la nôtre, dépend de leur initiative et évoque des rapports fort subtils, que chacun pressent, mais que l’on n’a point jusqu’ici étudiés d’une manière systématique.