[La donnée est à la fois un point de départ et un point d’arrivée.]
Il ne faut pas rabaisser la valeur de cette donnée que la philosophie, depuis Platon, a presque toujours considérée comme un écran entre la vérité et nous, qu’il s’agit pour nous de traverser et d’éliminer. C’est qu’on la considère seulement comme le point de départ de ce mouvement de l’esprit qui la dépasse et substitue graduellement sa propre activité à la passivité initiale. Mais :
1° La donnée au moment même où elle s’offre d’abord à nous n’est pas pauvre et misérable, comme on le dit souvent. Elle possède une abondance et une épaisseur concrètes que nous ne parvenons jamais à embrasser ni à épuiser. Nous n’y réussirions précisément que si nous étions capables de remonter jusqu’à l’acte même de l’esprit qui s’en empare et qui la fait sienne ;
2° On peut donc regarder aussi la donnée comme un point d’arrivée, comme ce que cherche précisément l’opération et qu’elle ne parvient pas toujours à rencontrer. De telle sorte que nous souffrons également de deux maux, d’abord de l’impossibilité de nous élever de la donnée jusqu’à l’acte qui la pénètre et nous permet d’en prendre possession comme donnée, ensuite de l’impossibilité, en partant de l’opération, de découvrir la donnée qui lui répond et qui la comble. C’est cet ajustement qui constitue le succès de la méthode, et de toutes les démarches de la connaissance et de la conduite.