La découverte est tournée vers l’avenir, non seulement parce qu’elle a pour nous un caractère de nouveauté, mais c’est dans l’avenir qu’elle est la découverte du sens, c’est-à-dire de l’acte qui donne sa signification à la donnée et qui a besoin de l’avenir pour s’exercer.
On peut dire que la découverte, c’est toujours celle de la signification, la signification consistant toujours dans la confrontation de l’acte et de la donnée. Mais cette confrontation peut être interprétée elle-même autrement. Car l’opposition de l’acte et de la donnée ne se réalise que dans le temps. Or la donnée est un présent tourné du côté du passé et qui nous enchaîne, tandis que l’acte est un présent tourné du côté de l’avenir et qui nous libère. Ainsi la découverte qui, à première vue, n’est rien de plus que la rencontre de quelque donnée nouvelle qui semble par conséquent toujours une incursion vers le passé, ne mérite pourtant ce nom que si elle est en même temps l’acte qui nous permet de retrouver cette donnée, de telle sorte qu’elle est une ouverture sur l’avenir, plus encore qu’une incursion vers le passé. Ou du moins celle-ci n’a de valeur pour nous qu’en vue de celle-là, comme on le voit dans la découverte de l’Amérique, qu’il ne suffisait pas de trouver, mais qu’il fallait avoir les moyens de retrouver toujours.
En ce sens, la découverte peut être définie comme la conquête d’un avenir dont nous faisons dorénavant notre passé. Mais cette définition ne peut pas suffire, car il faut que le monde soit pour nous une perpétuelle découverte et il ne peut l’être que par la perception du sens, qui n’est point accompli une fois pour toutes, mais qui doit l’être toujours à nouveau, parce qu’il réside dans une opération de la pensée et du vouloir qui doit être sans cesse refaite, dans une actualisation du possible, où l’avenir renaît sans cesse pour être converti en présent.