Le propre de la connaissance c’est d’éclairer la donnée, non de l’abolir.
La coïncidence de la donnée et de l’opération montre qu’il n’y a de science que de l’individuel. Car la présence de la donnée est exigée dans la découverte ; c’est sur elle, pourrait-on dire, que porte la découverte, ou du moins c’est en elle qu’elle s’achève. On peut bien dire que la donnée demeure pour nous un mystère aussi longtemps que nous ne l’avons pas reliée à l’opération, sans laquelle elle n’aurait pas de sens. Mais l’opération elle-même n’est réalisable qu’à condition d’étreindre une donnée, de telle sorte que le propre de la découverte sera toujours, non pas de saisir l’intelligible, mais de rendre intelligible telle donnée. En aucun cas l’intelligible ne peut nous suffire, car il ne serait alors l’intelligible de rien et il ne faut pas dire que la donnée, en tant qu’elle le dépasse, est elle-même inintelligible ; car un tel dépassement exprime précisément ce qui manque à l’intelligible pour atteindre la réalité. La donnée n’est donc pas une sorte de surplus qui devrait se résoudre dans l’intelligible, si notre connaissance pouvait être poussée plus avant. Il faut dire, au contraire, que l’individuel concret se découvre à nous dans l’intelligible comme dans la lumière qui l’éclaire ; vouloir l’absorber et l’anéantir dans cette lumière, ce serait croire que la découverte serait plus pure si on n’avait affaire qu’à son acte et qu’on la dépouillât de son objet.