La clef de la découverte est fournie par la théorie de la participation qui permet de surmonter le conflit de l’empirisme et du rationalisme.
Le conflit de l’empirisme et du rationalisme exprime l’opposition entre deux caractères de la connaissance que chacune de ces doctrines considère isolément. Car le propre de l’empirisme, c’est de montrer que nous ne créons pas l’objet de la connaissance, qu’il est pour nous un objet dont il faut que nous prenions possession, qu’il se révèle à nous comme une donnée dont les sens sont les instruments. Mais le rationalisme n’a pas de peine à montrer en revanche que nous ne connaissons rien que par un acte de la conscience, que c’est par cet acte que la connaissance devient nôtre, que c’est lui qui juge du vrai et du faux. D’où cette double conséquence, dans l’empirisme, que le donné nous suffit, sans que nous ayons à nous inquiéter de son origine, et dans le rationalisme, que c’est l’acte, puisqu’il n’y a d’objet de la connaissance que par lui, de sorte que c’est lui qui le produit. Mais si l’on pense que notre activité est une activité participée, et que, ce dont elle participe, ce n’est pas un réel qui serait hétérogène à son exercice, mais une activité infinie qu’elle assume selon ses forces, alors on comprendra sans peine que cette activité, en effet, ne puisse rien créer : elle paraît toujours attentive et intentionnelle, c’est-à-dire formelle et inachevée, comme un appel vers un contenu qu’elle ne peut pas elle-même se donner. Mais en vertu de l’indivisibilité de l’activité dont elle participe, nous dirons que ce contenu lui est nécessairement donné comme une sorte de surplus qu’elle est obligée de subir et qui lui fait sentir sa propre limitation. Ce surplus n’est pas une donnée en soi, expression qui n’a pas de sens, mais lui apparaît sous la forme d’une donnée, parce qu’il s’impose à elle comme la marque même de la frontière de son pouvoir, et de l’enrichissement qu’elle peut encore recevoir du dehors. Cette conception a cinq avantages : 1° elle restitue le rôle original de l’opération et de la donnée à l’intérieur de chaque connaissance particulière, tel qu’on peut l’observer dans l’expérience la plus commune ; 2° elle permet de déduire l’opposition de la matière et de la forme que toutes les théories de la connaissance depuis Aristote jusqu’à Kant considèrent comme un postulat d’où il faut partir (et qui se retrouve dans la distinction de l’objet et du sujet) ; 3° elle explique, pour la première fois, la correspondance entre la matière et la forme sur laquelle ont achoppé toutes les doctrines, en particulier le kantisme, en montrant comment la donnée est évoquée par l’opération à laquelle elle ajoute, mais qui dessine sa forme ; 4° elle permet de déduire les opérations possibles de la pensée, c’est-à-dire les catégories, au lieu d’en donner une énumération rhapsodique ou purement descriptive, puisque ce sont les conditions mêmes de la participation, c’est-à-dire les moyens hors desquels on ne pourrait pas concevoir l’insertion dans l’être d’un sujet particulier ; 5° elle explique aussi bien la théorie de la valeur que la théorie de la connaissance. Car la valeur, elle aussi, a été considérée, tantôt comme résidant dans un acte créateur qui surpasse toute donnée concrète, et tantôt comme une donnée affective (dont le type le plus simple était le plaisir) et que la conscience ne pouvait qu’enregistrer. Cependant il n’y a pas de valeur, en effet, sans un acte qui, en la posant, nous engage, mais qui lui-même a besoin d’être confirmé et qui ne peut l’être qu’en se dépassant dans un don que la conscience doit recevoir, qui s’y ajoute et qui la comble. On comprend maintenant comment toute découverte particulière, dans tous les domaines, a pour objet de déterminer en chaque point la correspondance d’une opération et d’une donnée.