Découvrir le sens, c’est comprendre, c’est-à-dire rétablir les relations entre chaque terme isolé et tous les autres.
Trouver le sens d’une chose, c’est la comprendre. Or ce que nous ne comprenons pas, c’est ce qui reste pour nous isolé. Ce que nous comprenons, c’est ce dont nous percevons les relations avec tous les autres modes de l’être, et qui, si l’on peut dire, en évoque la totalité. Comme s’il y avait une intelligibilité nécessaire du tout de l’être, résidant dans une infinité de relations à la fois pensées et voulues. Cependant, il faut être attentif ici à ce sens étymologique du mot comprendre, qui veut dire embrasser : car il s’agit moins de faire tenir le réel dans notre esprit comme dans une sorte de contenant, que de lui permettre de retrouver dans les choses elles-mêmes une sorte de continuité dont il est le témoin. Comprendre, c’est saisir, comme le montre bien le langage le plus commun ; mais à quel moment peut-on saisir ou que saisit-on, sinon cette sorte d’appel mutuel des choses ou des idées les unes par les autres, qui cesse de nous les faire paraître étrangères ou de nous faire paraître étranger à elles et semble faire coïncider leur présence avec notre propre présence à nous-même ?
Si c’est le sens de chaque chose que la conscience cherche à atteindre, on comprend très bien que l’absence de sens coïncide avec le moment où la conscience retire son intérêt à la chose. Nous disons alors qu’elle est insignifiante. Mais dire qu’elle est insignifiante, c’est, en lui retirant tout rapport avec nous, lui retirer l’être même qui lui appartient. Que demeurerait-il d’elle, alors, qu’une sorte d’apparence évanouissante qui ne laisse aucune trace dans le monde, ou du moins sur les choses qui comptent pour nous dans le monde, et n’entre en relation avec aucune des fonctions de la conscience ? Dire qu’une chose est pour nous insignifiante, c’est la rejeter nous-même au néant. Ce qui ne saurait empêcher qu’elle retrouve un sens pour d’autres que pour nous-même, et pour nous-même aussi, dès que nous réussissons à adopter, pour un moment, la perspective à travers laquelle ils la considèrent.
De là, on peut tirer l’importance du langage. Car le propre du langage, ce n’est nullement comme on le croit de désigner la chose, mais seulement le sens de la chose, de telle sorte que, comme le veut Husserl, je vise la chose par le langage dans un acte significatif, afin de l’atteindre elle-même dans un acte intuitif. La liaison du langage et de la pensée montre comment les mots, qui sont des choses aussi, se distinguent pourtant des choses, en devenant seulement les véhicules du sens. Aussi peut-on dire que toute discussion philosophique ou du moins logique porte naturellement sur le sens des mots et qu’il faut être capable de reconnaître ce sens pour pouvoir l’appliquer aux choses quand elles sont absentes et que nous cherchons, pour ainsi dire, à les évoquer, soit pour nous-même, soit pour les autres.