Le sens implique la valeur et l’appelle.
On serait tenté de confondre le sens avec la valeur : si étroite que soit leur connexion, on peut les distinguer pourtant. On dit également d’une chose qu’elle n’a pas de sens et qu’elle n’a pas de valeur. Mais le sens est, si l’on peut dire, la valeur intellectuelle. Et c’est pour cela que l’intelligence, qui comprend tout, comprend aussi bien le mal que le bien. L’acte de comprendre est lui-même une valeur, mais il s’applique à son tour au discernement des valeurs. C’est pour cela qu’il reconnaît, dans les choses elles-mêmes, un bon sens et un mauvais sens. Et le bon sens est la faculté même qui en juge. Or, on comprend bien que dans le bon sens, il y ait une certaine intention générale orientée vers la valeur, ce qui est la raison pour laquelle le bon sens a une portée théorique et pratique à la fois. En revenant vers la notion géométrique de sens, pour la distinguer de la notion de direction, on peut dire que l’on compte un sens positif et un sens négatif, ce qui permet, en maintenant l’orientation de notre activité selon la ligne de la valeur, de comprendre comment la liberté peut se décider contre elle aussi bien que pour elle.
On pourrait dire que le sens implique seulement l’orientation de la conscience vers un objet, avant même que cet objet soit donné. Et ce sens n’exclut pas nécessairement l’erreur ni la faute, lorsqu’il implique une méconnaissance de la valeur. Mais la valeur est dans la réalité même qui nous est offerte, à condition qu’elle soit en rapport avec une intention droite, c’est-à-dire qui assigne à cette réalité la place qui lui appartient, pour en faire un usage où la hiérarchie des puissances de l’âme sera elle-même respectée. A ce compte-là seulement, toute espèce de réalité prend le caractère de la valeur. Et il n’y a rien dans le monde qui ne puisse être valorisé. Tandis que le sens ne nous donne que la présence de l’objet, la valeur nous donne sa convenance non pas seulement avec nous, mais avec l’absolu.