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skepvox

Le propre de la méthode d’analyse créatrice n’est pas de réduire, mais de produire.

On pense aussi souvent que le propre de la méthode, c’est de réduire la diversité même des aspects du réel à une identité abstraite. On allègue l’exemple des mathématiques. On utilise l’ancienne formule que connaître, c’est ramener l’inconnu au connu, et qu’est-ce que le connu, à la fin, sinon l’esprit même considéré dans son unité purement formelle ? Mais on ne peut s’empêcher de penser que dans cette conception la diversité est un scandale qu’il faut abolir, de telle sorte que la méthode aboutit à un acosmisme derrière lequel se cache toujours un véritable pessimisme. C’est peut-être là une méthode qui peut suffire au savant, elle ne peut pas suffire au philosophe, car il demandera quelle est la source de cette diversité que l’on vient, au moins en pensée, d’abolir. Il exerce les forces de son esprit en prenant possession de cette diversité et des relations qui unissent entre eux ses différents termes. Son esprit ne trouve aucune satisfaction dans cette identité morte vers laquelle on cherche à le reconduire ; il n’a de goût que pour une identité vivante, qui multiplie et varie sans cesse, dans une infinité de correspondances, tous les modes d’affirmation. Tous ceux qui veulent que la méthode soit créatrice, et qui pensent justement que la dialectique ascendante n’a de sens que pour préparer une dialectique descendante, ont bien raison de penser qu’il s’agit pour nous de produire plutôt que de réduire. Mais cette production est elle-même l’effet d’un acte de participation par lequel nous ne cessons de découvrir, sans l’épuiser jamais, la richesse infinie de l’Être.

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