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skepvox

Ce que nous nommons invention par rapport à nous est toujours découverte par rapport à l’être : mais la réciproque est vraie aussi.

On oppose en général le mot de découverte au mot d’invention ou de création, comme si on ne découvrait que ce qui existe déjà, comme si on inventait ou on créait un objet toujours nouveau. Le mot de découverte paraît donc convenir particulièrement au réalisme, le mot invention à l’idéalisme et à un vitalisme où la vie se produit elle-même dans une démarche toujours imprévisible. Pourtant on observera que la philosophie est l’œuvre de l’intelligence et que, même s’il existe au fond des choses une puissance créatrice irréductible à l’intelligence, le propre de la philosophie, c’est d’éclairer non pas seulement ses effets, mais son mode d’action. Il est difficile par conséquent de maintenir à la philosophie son caractère de connaissance sans en faire une découverte plutôt qu’une invention. Mais les deux opérations sont toujours liées jusqu’à un certain point : car tout acte de la connaissance — soit qu’il s’agisse de la position d’un problème, soit qu’il s’agisse de la recherche d’une solution — est bien une invention qui ajoute à ce que nous savions. Mais il faut que cette invention apparaisse cependant comme en accord avec un ordre qui se trouve dans le réel, et que le réel ne cesse de confirmer. Ce qui est vrai même des inventions de la technique. A plus forte raison des inventions de la spéculation, qui veulent nous découvrir le fond même des choses plutôt que changer la face du monde. Mais on comprend qu’il y ait toujours dans notre activité un certain composé d’invention et de découverte, puisque toute opération que nous accomplissons est une opération de participation, qui comporte à la fois une initiative qui vient de nous, et une réponse que le donné ne cesse de lui faire.

Cette sorte de liaison entre l’invention et la découverte recevra sa véritable signification si on réfléchit que la méthode que nous proposons ici peut être nommée analyse créatrice, le mot analyse indiquant bien que nous ne visons qu’à découvrir ce qui est dans l’être — au moins sous une forme potentielle —, mais le mot créatrice montrant que les distinctions mêmes que nous faisons dans l’être y font apparaître des aspects qui n’ont d’existence que par le regard même de l’attention qui les discerne et qui s’y applique. Ajoutons enfin que le mot découverte correspond bien à l’ambition de la pensée philosophique de tous les temps, qui est de reconnaître l’être derrière l’apparence qui le couvre, de déchirer tous les voiles que les sens, l’opinion ou le préjugé ont interposés entre le réel et nous.

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