Dans la totalité de l’être le réel et le possible fournissent seulement des régions différentes.
La dissociation du réel et du possible, qui est l’acte propre de la réflexion, ne nous fait pas quitter le domaine de l’être, mais elle se produit à l’intérieur de ce domaine lui-même. Car le possible n’est pas rien, il est un être de pensée. Et si l’on allègue qu’il faut distinguer encore entre la pensée actuelle et la pensée possible, de telle sorte qu’il y aurait l’actualité de la pensée, en tant qu’elle est la possibilité du réel, et la possibilité de telle pensée, en tant qu’elle n’a elle-même aucune actualité, on répondra que le propre de la pensée actuelle, c’est de contenir en elle tous les possibles, bien qu’ils ne soient pas actualisés tous à la fois dans la conscience psychologique, de telle sorte qu’il ne faut pas distinguer entre le possible pensé et le possible qui ne l’est pas, mais qui pourrait l’être, car dans la pensée actuelle il possède lui-même une actualité d’implication, bien qu’elle ne soit pas analysée. De telle sorte que, dans la totalité de l’être, le réel et le possible fournissent seulement des régions distinctes, qui expriment non seulement l’opposition entre le pensé et le donné, mais encore entre l’infinité de la pensée considérée dans son acte indivisé et tous les objets particuliers auxquels elle peut s’appliquer, qu’il s’agisse d’idées ou de choses.