Dans la même opération une distinction peut être établie sur le plan logique entre la possibilité et la réalité.
Cette distinction entre l’opération et la donnée se présente sous une autre forme quand on se place au point de vue logique. Alors nous pouvons dire du monde des données qu’il est un monde réel. Et l’opération exprimera seulement par rapport au réel sa possibilité. Les notions ici se présentent, d’ailleurs, sous une forme complexe, et un grand nombre de relations s’y trouvent en quelque sorte imbriquées : une chose nous paraît réelle quand, en elle, nous considérons la donnée de préférence à l’opération, et possible quand nous fixons le regard sur l’opération plutôt que sur la donnée. C’est ainsi que l’idée est une réalité par rapport à l’acte de l’entendement qui en exprime la possibilité, mais que, si nous la considérons, sous sa forme globale, comme un acte de pensée, elle est un possible par rapport à la chose elle-même, que l’on peut considérer comme l’objet d’un tel acte. Il n’y a point jusqu’au sujet psychologique qu’il ne faille considérer comme réel si l’on regarde son contenu auquel notre attention s’applique, et comme possible si on le met en rapport avec quelque changement physique qu’il prépare ou qu’il traduit. Ainsi se justifie cette idée que le possible et le réel sont l’un et l’autre des modes de l’être, ou, comme on le dit aujourd’hui, des régions ou des domaines de l’être, loin que le possible soit antérieur à l’être et le détermine, comme une sorte de degré intermédiaire entre l’être et le néant. Mais cet intermédiaire n’est rien. Le problème du rapport entre le réel et le possible porte sur le rapport entre deux modes de l’être, et les critiques symétriques de Bergson contre la conception classique de l’être et du possible doivent être admises sans restrictions : à savoir que le néant, c’est l’être raturé, et le possible, le réel mis en question, dans les deux cas des idées qui font également partie du domaine de l’être.