La dialectique ascendante appelle une dialectique descendante qui est d’une autre nature et dont on ne peut pas dire qu’elle la recouvre.
La description que nous avons faite de la réflexion correspond assez bien à ce que l’on peut appeler une dialectique ascendante. Le propre de cette dialectique étant de remonter du conditionné jusqu’à ses conditions, il faut que ces conditions soient hétérogènes au conditionné. Aussi peut-on dire qu’elle remonte toujours de l’objet au sujet, et qu’il est impossible qu’elle s’élève plus haut. Elle nous a conduit, pour consommer la théorie du sujet, à distinguer entre le sujet psychologique, le sujet transcendantal et le sujet absolu en montrant quels sont les rapports qui les unissent. Mais si maintenant nous descendons, il est évident que la dialectique qui part du sujet ne peut plus recouvrir les étapes de la dialectique qui partait de l’objet. Car la dialectique ascendante cesse de s’intéresser à l’objet, elle se borne à en poser les conditions ; et en un certain sens, c’est une dialectique du sujet qui ne retient que la différence entre ses modes ou ses degrés. La dialectique descendante, au contraire, s’intéresse à l’objet ; elle est tenue de déterminer son essence. On n’est pas frappé, par conséquent, par cette objection, que la dialectique descendante serait stérile puisqu’elle n’aurait pas d’autre avantage que de nous faire retrouver ce que la dialectique ascendante nous avait déjà découvert successivement, puisque ces deux dialectiques ont chacune leur caractère original et qu’aucune d’elles ne peut tenir le rôle de l’autre. Car on dit qu’il est facile de remonter de l’objet à ses conditions, mais ces conditions étant posées, qu’est-ce qui nous autorise, sinon le fait lui-même, à déclarer que tel conditionné est en effet réalisé ? Mais le propre de la dialectique descendante, c’est précisément de nous montrer pourquoi le sujet étant ce qu’il est, sa constitution interne étant établie, il faut que le monde nous apparaisse aussi comme étant ce qu’il est. Non point qu’il apparaisse comme une suite nécessaire, un système logique bloqué qui découle impitoyablement d’un principe absolu auquel la dialectique ascendante nous aurait permis de parvenir. Ou s’il peut y avoir place dans ce système pour la contingence et la liberté, du moins cette place devra-t-elle être fixée. En réalité, nous savons bien que la dialectique ascendante tout entière n’est faite que pour préparer une dialectique descendante. Tel est le sens naturel de toutes les demandes d’explication que nous formulons ; et nous nous intéressons moins à la manière dont les choses peuvent être réduites qu’à la manière dont elles peuvent être produites.