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skepvox

L’ordre de complémentarité s’étend sur un domaine plus vaste que l’ordre de composition et présente en effet un caractère synthétique, mais il n’a pas une portée véritablement dialectique.

L’ordre de complémentarité évite quelques-uns des périls de l’ordre de composition. Il n’est pas seulement un ordre de fabrication, car il n’est pas imposé par l’esprit au réel, il traduit seulement la démarche par laquelle le réel lui-même se fait. En ce sens il est plus véritablement génétique que l’ordre de composition ; il n’accepterait pas d’être renversé pour nous découvrir l’ordre analytique qui était le point d’aboutissement et la raison d’être de l’ordre de composition. Et, par opposition à l’ordre de composition où l’esprit est présent dans l’enchaînement des différents termes et en reste indépendant en ce sens que, s’il en est l’artisan, il n’en reçoit aucun enrichissement, ici l’esprit est en marche avec le réel et effectue la même ascension. Mais l’esprit, [cette fois], se trouve naturalisé, alors qu’il ne l’était pas dans la méthode de composition : il se trouve, en un certain sens, confondu avec son objet. Et l’on peut se demander, comme on l’a fait souvent : 1° si l’abstrait n’est pas posé d’abord comme une condition logique de l’application de la méthode plutôt que par une exigence ontologique ou historique ; 2° si le sens même de ce développement exprime une nécessité qui lui est véritablement immanente, ou s’il n’est pas retrouvé en quelque sorte rétrospectivement, avec des éléments empruntés à l’histoire et entre lesquels on établit des articulations arbitraires ; 3° si la négation, [dont le rôle est] si favorable à une description où l’ordre des choses apparaît comme une suite de phases, dont la succession produit un rythme qui finit par avoir la nécessité même d’une cadence sonore, n’est pas introduite ici comme une sorte de rappel d’une infinité toujours présente qui ne se laisse pas oublier et qu’il nous appartiendrait, par conséquent, d’analyser plutôt que d’essayer de l’actualiser dans un développement qu’elle viendrait elle-même toujours ranimer et qui n’aurait jamais de terme. La positivité apparente de la négation n’est que la positivité d’une affirmation pure, dont toutes les affirmations particulières expriment, sans qu’on ait besoin de l’artifice de la négation, la diversité des aspects qui restent tous solidaires. On remarquera qu’il y a ici un rôle de la négation comparable à celui qu’elle joue dans la théorie de la réflexion, c’est-à-dire au seuil de la méthode de composition, telle qu’elle a été définie par Descartes : celui-ci la bloque, pour ainsi dire, au début de la recherche, pour découvrir l’activité autonome du sujet pensant ; Hegel la réintroduit à chaque étape de la recherche pour lui permettre de progresser. On remarquera, d’une manière générale, sur la négation, que c’est un instrument éminemment méthodologique dont l’emploi dépend d’un acte du vouloir, là où l’affirmation suppose toujours une application du sujet au réel, une connivence avec lui. Mais cette méthode n’a pas un caractère véritablement dialectique, s’il est vrai que la méthode dialectique, au lieu d’envelopper toutes les formes de l’être dans un nécessitarisme logique, se place au cœur de [celui-ci], c’est-à-dire dans l’exercice même de sa liberté, pour la mettre en rapport avec tous les aspects de l’univers qui la conditionnent ou qu’elle détermine. La supériorité de la méthode de complémentarité sur toutes les autres, c’est que c’est la seule sans doute qui puisse mettre en jeu une puissance interne de réalisation. Seulement il est peut-être contradictoire de la mettre en jeu dans un temps même logique. Toute création ex nihilo est intemporelle. Et le monde tel qu’il est pour nous ne peut se constituer qu’à l’échelle de la participation.

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