La méthode est à la fois une poursuite et un chemin dont le terme est la découverte.
Nous n’oublierons pas le caractère essentiel de la méthode qui est d’être en même temps une poursuite et un chemin.
Si elle est une poursuite, il faut qu’elle suppose une fin, et cette fin, il faut la connaître. Et il y a peut-être des méthodes différentes selon la fin que l’on aura d’abord choisie. On peut, en particulier, distinguer en elle des fins théoriques et des fins pratiques. Cependant, ces fins pratiques, il faut les connaître pour les atteindre, de telle sorte qu’elles sont enveloppées elles-mêmes par des fins théoriques : le propre de la méthode, c’est de chercher à les découvrir. Mais elles supposent d’abord un acte qui les a choisies, c’est-à-dire une certaine démarche de la liberté. La méthode est l’œuvre de la liberté.
Mais elle est en même temps un chemin, et dire qu’elle est un chemin, c’est impliquer : 1° que nous en sommes éloignés et que vivant dans le temps, nous sommes obligés de parcourir l’intervalle qui nous en sépare ; 2° que notre esprit se trouve engagé dans le réel d’une certaine manière, de telle sorte qu’il y a un ordre des événements qui lui est imposé par la nature des choses : c’est l’ordre temporel, qui exprime sa propre limitation ; il ne peut pas lui échapper, bien qu’il cherche à y introduire un ordre nouveau qui vient de l’esprit et qui fonde l’ordre des événements au lieu de l’anéantir ; 3° que l’on n’atteint une fin qu’à travers une suite d’intermédiaires, de telle sorte que la méthode peut être définie comme une théorie des intermédiaires ou des médiations.
Ces médiations dépendent nécessairement de la situation originale du sujet, et aussi de la fin qu’il se propose d’atteindre ; mais aussi de la solidarité indivisible qui existe à la fois entre les parties du réel et entre l’esprit et le réel. Ces intermédiaires d’ailleurs ne sont pas susceptibles nécessairement d’être déduits les uns des autres — ce qui ne peut arriver que dans l’ordre logique, mais cet ordre ne peut pas être considéré comme applicable à tous les domaines, il répond à une autre fin que l’ordre causal, ou que l’ordre historique, ou que l’ordre préférentiel. Par conséquent, il importe d’insister sur la pluralité des espèces d’ordres et de chercher à établir entre eux une corrélation synoptique.
On peut tirer de ce qui précède l’impossibilité d’imaginer d’autres méthodes que des méthodes particulières, contrairement à la thèse de Descartes. Chacune d’elles dépend de la perspective même que le sujet adopte et de la fin qu’il se propose d’atteindre. La méthode est donc l’œuvre de l’homme et, comme on le verra bientôt, elle prend comme point de départ, non pas l’homme, mais le sujet dans lequel l’homme cherche lui-même à se définir et précisément par l’exercice de la méthode.