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skepvox

La liberté est une et multiple : elle est le point où, pour s’exercer, elle crée l’antinomie de l’un et du multiple et la résout.

La liberté ne peut être définie que comme le pouvoir un de choisir entre des possibles différents. Dire qu’elle est un pouvoir, c’est la distinguer de l’activité dont elle participe et qui, comme Descartes l’avait marqué avec beaucoup de force, ne peut jamais être définie par sa potentialité, ce qui est le signe même de l’impuissance et de l’insuffisance. Dans l’absolu, la puissance se convertit aussitôt en acte : elle ne s’en distingue pas. La puissance, au contraire, apparaît comme étant la loi même de toute participation. Et ce qui est laissé à l’être particulier, c’est précisément l’initiative de convertir cette puissance en acte. Mais cette puissance est idéalement la puissance du tout, bien qu’elle soit nécessairement bornée dans les conditions mêmes de son exercice, telles qu’elles sont déterminées par la situation dans laquelle elle est engagée et par le temps où elle est obligée d’agir. De telle sorte que l’unité même de cette puissance est corrélative d’une multiplicité objective, qui sollicite en elle des pensées différentes et lui propose une multiplicité de possibles, entre lesquels il faudra qu’elle choisisse. Dans ce choix, l’unité ne réussira pas à se rompre, puisqu’il exprime une hiérarchie de possibles et que ceux qu’il exclut le sont encore par son acte propre. Ce choix est, en quelque sorte, la seule manière que la liberté a de créer, et, par conséquent, de créer le moi lui-même ; la distinction ici entre le créant et le créé ne peut pas être abolie comme dans l’acte pur : le rapport des deux termes est toujours remis en question. Mais la multiplicité est ici corrélative de l’activité participée qui, gardant son unité intérieure, s’oppose à elle-même un monde infiniment varié qui devient la matière même de ses décisions. Celles-ci affectent la forme à la fois d’une option et d’une synthèse. L’antinomie de l’un et du multiple est la condition de la liberté : mais elle est aussi son œuvre ; c’est elle qui donne à la fois le problème et la solution.

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