L’acte de l’esprit s’oppose à l’action parce qu’au lieu de produire un effet matériel il produit seulement la pure présence de son objet.
Il est difficile, semble-t-il, de définir l’acte autrement que par rapport à son effet. Mais c’est alors le confondre avec l’action, qui intéresse le corps autant que l’esprit et établit un rapport entre les mouvements dont le corps dispose et ceux qu’il impose à d’autres corps. Cependant il était naturel, quand on considère l’acte dans sa pureté, indépendamment du corps, de lui attribuer encore comme fonction de poser son objet, au sens où le poser, c’est le construire et même le créer. Ces mots traduisent assez bien les différentes formes de l’idéalisme. Mais l’acte est purement intérieur à lui-même, il n’est créateur de rien sinon de soi : en quoi réside sa propre spiritualité. En dehors de lui, il n’y a rien de plus que le monde des objets. En disant qu’il y applique son intention, les philosophes modernes veulent dire qu’il les actualise, c’est-à-dire qu’il se les rend présents. L’acte spirituel n’imite pas l’action matérielle ; il ne se déploie pas dans l’extériorité, et, en donnant aux choses la présence, il ne rompt pas sa propre intériorité.