Aller au contenu
skepvox

Le sujet absolu ne peut être nommé une conscience que dans le rapport qu’il soutient par l’intermédiaire du sujet transcendantal avec le sujet psychologique.

Mais le sujet transcendantal est lui-même incapable de se suffire ; il est un abstrait ; il est la possibilité du sujet psychologique à laquelle le sujet absolu seul peut donner sa possibilité propre. L’idée d’une perspective sur le réel qui est celle de tous et qui n’est celle de personne ne se justifie, comme on l’a vu au livre Ier [prop. LV], que par le sujet absolu étranger à toutes les perspectives et qui les contient toutes. Il y a ici une relation qui a un caractère de nécessité dans la dialectique ascendante, même si nous sommes hors d’état de la justifier par une dialectique descendante. Mais de ce sujet absolu dont il semble que nous venons de le poser hypothétiquement, peut-on dire qu’il possède lui-même la conscience ? Ainsi, comme les psychologues pensent que la conscience est une relation qui prouve notre adaptation imparfaite au réel, qu’elle est le signe de notre insuffisance et qu’elle n’aurait point de sens dans l’absolu, les théologiens pensent que le mot de conscience ne convient point à Dieu, bien qu’il donne à toute conscience la lumière même qui l’éclaire. Cependant on remarque, d’une part, que chez cet être inadapté, la conscience est un progrès, un retour vers la source de toutes les adaptations, elle est supérieure à la plus parfaite d’entre elles parce qu’elle ne se résout jamais dans un ordre qu’elle subit, mais remonte toujours jusqu’à un ordre qu’elle crée ; et d’autre part, la lumière divine passe sans doute la conscience, parce qu’elle en est la perfection et le principe et non point la pure négation. Dès lors, il semble que la conscience naît au moment où le sujet transcendantal se tourne vers sa propre origine, c’est-à-dire vers le sujet absolu, afin d’actualiser sa propre possibilité qu’il ne réussit pas lui-même à fonder à l’intérieur du sujet psychologique. La conscience, alors, viendrait du sujet absolu, mais ne se produirait qu’au moment où, par un acte libre accompli à l’échelon du moi transcendantal, le sujet psychologique entrerait lui-même en jeu. Ainsi la lumière n’est point elle-même éclairée, bien que ce soit elle qui éclaire toutes choses. Et l’on comprend comment l’on a pu dire que, dans l’homme, la conscience est toujours une sortie de soi qui le met en rapport avec Dieu, et en Dieu, une sortie de soi qui le met en rapport avec les créatures.

Supprimer le surlignage