La subjectivité absolue réside dans un acte qui tire de lui-même ses propres raisons d’agir, c’est-à-dire dans un acte libre.
Il est évident que l’existence du moi n’est pas celle d’une subjectivité pure ou absolue. Elle est toujours inséparable d’une objectivité qui, il est vrai, n’a de sens que pour elle, mais qui la limite et qui l’entrave. C’est l’objectivité du corps, et à travers le corps, celle de tout l’univers. Ainsi le moi est actif et passif tout à la fois ; mais sa passivité est une sorte d’ombre de l’objectivité du monde dans sa propre subjectivité. Il faudrait, par conséquent, identifier la subjectivité absolue dont la nôtre ne fait que participer, avec un acte sans passivité. Cet acte pourrait être nommé un acte libre, puisqu’il ne pourrait être déterminé par aucun de ceux qui agiraient sur lui du dehors. On peut donc dire qu’il agit sans cause. Ce qui ne veut pas dire qu’il agit sans raison. Car ce terme de raison est le terme même dont nous nous servons pour désigner une activité tout entière intérieure à elle-même, qui n’est ni une force aveugle, ni une fantaisie capricieuse, et qui, par conséquent, est capable de justifier toutes ses opérations par la conscience qu’elle en a, c’est-à-dire en témoignant que c’est en elle seule qu’elles ont leur racine. L’on peut dire qu’une telle activité, en se produisant elle-même, produit aussi ses propres raisons.