La conversion du réel en possible est le moyen par lequel le moi s’engendre lui-même grâce à l’opposition et à la corrélation de l’entendement et du vouloir.
Cette double conversion du réel en possible et du possible en réel apparaîtrait comme d’une stérilité absolue, si elle ne permettait pas précisément au moi de fonder par là son indépendance et son existence même. Le moi est coextensif à l’Être indivisible, mais il s’en détache pourtant et de telle manière que, sous le nom d’entendement, il soit en rapport avec lui, sans être lui, et qu’il en forme le spectacle, c’est-à-dire qu’il en acquière la représentation ou la connaissance, mais qu’il ne demeure point pourtant spectateur pur, et que sous le nom de vouloir, il assume l’être lui-même en tant qu’il est l’origine de soi et de tout ce qui dépend de soi. L’opposition et la connexion de l’entendement et du vouloir effectuent une distinction dans l’être entre l’être que je connais, qui est toujours extérieur à moi, et l’être que je me donne par mon opération elle-même, qui est l’être que je suis, sans préjudice de l’interaction entre ces deux fonctions, qui empêche l’unité de l’être d’être jamais rompue.