L’indivisibilité de l’être, qui en fait pour la réflexion un infini de possibilité qu’elle cherche à actualiser, fait de cette possibilité infinie l’être même de la réflexion.
L’Être est indivisible, et la réflexion ne s’en sépare pas pour le penser : elle s’y inscrit au lieu de s’en détacher. Mais son caractère original, c’est précisément d’envelopper en elle d’une certaine manière la totalité de l’être à l’intérieur duquel pourtant elle est prise. Elle ne le contient pas, mais elle s’y applique. Avant même d’être son objet réel, il est son objet possible. Et même sa fonction propre, c’est de transformer tout objet réel en objet possible, bien que la possibilité qu’elle pose dépasse singulièrement l’objectivité qu’elle atteint. Elle se meut tout entière sur ce double chemin qui va du réel au possible et du possible au réel. Et sa double tâche, c’est de chercher la possibilité de chaque chose et d’actualiser cette possibilité. Ce qui n’est pas une tâche vaine si c’est par là, comme le montre la proposition XXXIV, que le moi réussit à s’introduire lui-même dans le monde en coopérant à l’action créatrice. Cette possibilité du tout est une forme d’être qui s’oppose à l’être donné, mais ne se définit que par son rapport avec lui : la réflexion elle-même se définit comme l’être même de cette possibilité infinie. Et si l’on dit qu’elle produit cette possibilité plutôt qu’elle ne la constitue, on méconnaît que la possibilité n’a elle-même de sens que par l’acte qui la fait être. Elle est donc un acte de l’intelligence. Si l’on insiste en disant qu’elle est le pouvoir de produire cette possibilité, on ne gagne rien, le pouvoir étant à son tour un possible qui les comprend tous. Et la conscience est une expérience de la possibilité, que la réflexion ne cesse d’éprouver et d’actualiser.