La réflexion ne cesse de se séparer de tout objet auquel elle s’applique mais non point de la totalité de l’être dans lequel elle s’inscrit.
Au moment où la réflexion accomplit cet acte même par lequel elle se constitue en se séparant du réel, elle introduit dans la totalité de l’être son être propre. On peut l’opposer au réel, en réservant le nom de réel au donné, puisqu’elle-même n’est que dans l’acte qui la fait être. En ce sens, on peut dire qu’elle est irréelle. Mais elle n’est point étrangère elle-même à l’être : il n’est pas assez de dire qu’entre l’être et le néant il n’y a rien. C’est le néant qui n’est rien. Il y a donc un être de la réflexion dont il faudra déterminer les propriétés parmi tous les aspects de l’être. Et même, c’est le propre de la réflexion d’opérer cette distinction, de déterminer le caractère original de chacun d’eux, de fixer parmi eux sa propre place. C’est même une tendance naturelle de l’esprit de penser que l’être premier réside au point même où la réflexion s’exerce et que tous les autres modes de l’être sont dérivés d’elle et n’ont de sens que par rapport à elle. Cependant, on ne saurait mettre en doute que la réflexion n’est pas elle-même un premier commencement absolu, qu’au moment où elle s’exerce, elle découvre sa solidarité avec les autres modes de l’être dont elle dépend, comme ils dépendent d’elle.