La réflexion n’est elle-même ni stérile ni suffisante.
On la considère à tort comme stérile parce qu’on suppose que tout le réel la précède, qu’au moment où elle s’en sépare elle ne peut rien faire de plus que de le redoubler. Mais outre que c’est ce redoublement qui est la conscience elle-même, il est évident que c’est par la réflexion que ce réel apparaît comme tel. De telle sorte que si elle s’en sépare, c’est pour en faire l’objet même auquel elle s’applique. Mais alors ne faut-il pas conclure que le réel est l’effet de son opération, et que c’est elle qui le construit ? C’est ainsi que le réel a tantôt été considéré comme antérieur à l’acte réflexif et tantôt comme postérieur à cet acte. S’il en est ainsi, la réflexion doit être capable de se suffire. Mais cela n’est pas vrai non plus, car bien que le réel ne se découvre qu’à la réflexion, elle le pose précisément comme un objet qu’elle découvre, et non comme un objet qu’elle crée : l’activité réflexive se pose elle-même comme non créatrice. Dans cette découverte, elle ne prétend ni épuiser l’objet ni lui être adéquate, bien qu’elle seule puisse le comprendre et atteindre son sens. Elle-même enfin ne se pose jamais isolément, mais comme solidaire de la totalité du réel sans lequel elle ne s’exercerait pas et d’une activité totale qui l’alimente et qu’elle spécifie.