La réflexion ne peut pas être confondue avec la négation.
La liaison de la réflexion et de l’obstacle conduit à penser que la réflexion est une démarche négative. L’obstacle nie la tendance et l’oblige à refluer sur elle-même en engendrant la réflexion. Mais c’est la réflexion qui découvre la tendance et elle l’affirme, au lieu de la nier, mais sans se confondre avec elle, et en l’examinant, c’est-à-dire en la dépassant toujours. Il en est de même du monde tel qu’il s’offre à nous dans une première expérience : réfléchir, ce n’est pas le nier, c’est d’abord s’apercevoir qu’il est posé et par conséquent le poser. Et la réflexion est beaucoup moins une affirmation suspendue qu’une affirmation disponible, exigeante et qui cherche à se fortifier indéfiniment. C’est ce que l’on veut exprimer en disant qu’elle est la négativité de la négation, ce qui veut dire qu’elle abolit ce qu’il y a de limité dans toute affirmation, mais en posant pourtant dans cette affirmation ce qu’il y a en elle d’affirmé. Dans le doute, elle éprouve, non point (comme Descartes le laissait croire) la liberté, mais ses entraves. Elle ne met même pas le monde entre parenthèses, puisqu’il est toujours là, ne serait-ce que comme le problème qu’en lui elle pose.