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skepvox

Il y a une expérience du sujet absolu comme il y a une expérience du sujet en général et une expérience du sujet psychologique.

Il ne faut pas dire qu’un tel sujet n’est l’objet d’aucune expérience. Car on peut dire que la philosophie a toujours souffert de la limitation du sens du mot expérience que l’on a voulu appliquer seulement à la connaissance par les sens de l’objet matériel, ou à la rigueur de nos états d’âme. Mais il y a une expérience du sujet psychologique faute de laquelle je ne pourrais pas dire moi, ni même dire mon corps, puisque mon corps ne se distinguerait d’aucun autre objet, et que ces objets seraient posés comme objets sans que je puisse dire que c’est moi qui les perçois. De même, il y a une expérience du sujet en général toujours associé au sujet individuel, qui le remplit, pour ainsi dire, de ses expériences particulières : mais sans une telle expérience je ne pourrais ni me considérer moi-même comme un sujet véritable, c’est-à-dire comme une possibilité que les actions de ma liberté et les événements de ma vie ne cessent de déterminer, ni entrer en relation avec d’autres sujets, qui existent comme moi, bien qu’avec d’autres déterminations. Il y a enfin une expérience du sujet absolu, auquel je m’éprouve moi-même comme toujours lié, mais toujours inégal, à l’égard duquel mon activité même est toujours reçue, qui ne cesse jamais de me fournir, et auquel je reste constamment présent pour être présent à moi-même. Il y a ici une passivité dont on peut dire qu’elle est de sens inverse par rapport à celle de l’expérience externe, puisque celle-ci me tire sans cesse hors de moi-même, au lieu que celle-là accroît sans cesse mon intimité à moi-même.

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