La réflexion est la démarche intellectuelle par laquelle le sujet fonde dans l’expérience effective de lui-même la possibilité de toute expérience, externe ou interne.
Nous avions affaire tout à l’heure à une intelligence qui cherchait à atteindre un objet, et même à faire de la totalité de l’être un objet pour elle. Maintenant elle doit se détourner de l’objet tel qu’il est donné dans une expérience extérieure, afin de chercher une expérience intérieure qui puisse fonder cet objet et lui donner sa signification. Sur quoi portera cette expérience à son tour ? Portera-t-elle sur un objet secret et qui n’aurait d’existence que pour nous seul ? Mais il est évident que cette expérience ne serait pas plus instructive que la précédente : elle serait incapable de nous donner le sens, c’est-à-dire de se justifier elle-même, comme de justifier l’expérience que nous avions abandonnée. Cela ne peut être que l’expérience de la subjectivité elle-même, définie comme la condition sans laquelle il n’y aurait pour nous aucune expérience ni externe ni interne. Ce n’est point là seulement l’énoncé d’une condition formelle et purement logique sans laquelle aucune expérience ne m’apparaîtrait comme possible, mais une expérience réelle, qui est non pas celle d’un objet nouveau, mais celle que le sujet prend de lui-même, c’est-à-dire de sa propre action subjective, en tant qu’il soutient toute expérience qu’il peut appeler la sienne. C’est cette démarche par laquelle l’intelligence, au lieu de regarder en avant vers l’objet de son expérience, regarde en arrière vers le sujet de cette expérience, à laquelle on donne le nom de réflexion.