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On reconnaît ici quelques-uns des traits essentiels de la pensée contemporaine : un retour à une certaine forme de réalisme, puisque la pensée, au lieu de s’enfermer dans sa propre représentation, s’ouvre un accès dans l’être grâce à une activité de participation, une défiance à l’égard des jeux de l’abstraction conceptuelle, puisque l’être doit toujours être l’objet d’une présence sentie, enfin une tendance à considérer le monde réel comme un monde moral formé par des rapports entre des personnes et dont le monde matériel doit apparaître comme la manifestation et l’instrument. Le sens secret de l’univers se révèle à nous à travers une série de dialogues : un dialogue avec les choses, qui est la sensation ; un dialogue avec nous-même, qui est la mémoire ; un dialogue avec un autre, qui est l’amour ; un dialogue avec Dieu, qui est la prière.

Nous sentons très vivement tous les dangers que peut faire courir à l’intelligence un certain empirisme mystique vers lequel nous risquons d’être entraînés. Nous n’oublions pas que la sensation, la sympathie et la foi ne peuvent pas se suffire à elles-mêmes ; que, réduites à leur pure essence, elles s’éteindraient comme un feu sans aliment si l’intelligence ne leur fournissait pas sans cesse des idées qui les nourrissent et qui les raniment. L’amour et la dialectique, le Journal lui-même en témoigne, ne sont pas deux méthodes qui s’excluent et entre lesquelles il faudrait choisir. La dialectique rencontre la vérité précisément au moment où elle réalise entre les idées les mêmes relations que l’amour réalise entre les êtres. La dialectique emprunte son mouvement à l’amour, et l’amour, à son tour, est le plus subtil des dialecticiens ; il engendre une lumière à travers laquelle le monde nous apparaît comme une perpétuelle révélation ; il met toutes les choses à leur place ; il discerne les différences les plus fines, et l’intelligence, qui mesure et qui pèse, loin de le détruire, le justifie.

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