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Le mot métaphysique éveille dans la plupart des esprits une singulière méfiance : par sa forme même, il semble désigner une recherche dont l’objet, situé au delà du monde physique, incapable par suite d’apparaître à nos sens, échappe peut-être en droit à toute espèce de connaissance. Tel est, en effet, l’argument décisif que l’on a cru de tout temps pouvoir élever contre la possibilité même de la métaphysique : le positivisme, le relativisme et le scepticisme le reprendront sans doute indéfiniment. Là où les sens n’ont point accès, la raison opère à vide : elle se réfugie donc dans l’abstraction ; elle bâtit des châteaux de cartes où ne circule aucun air respirable et que le moindre souffle de vie suffirait à renverser, si les matériaux qu’elle utilise n’étaient pas de simples nuées, à la fois trop ténues et trop obscures pour offrir la moindre prise.

Pourtant, la réalité physique n’épuise pas tout le réel et toute expérience n’est pas une expérience sensible. En face de la matière dont les sens nous font connaître la surface, et dont la science essaye de pénétrer la nature profonde, il y a notre être intérieur que la conscience seule est capable de nous révéler, mais qu’elle nous révèle tel qu’il est dans le secret même de son élan et de sa croissance. Un objet extérieur au moi ne peut être pour le moi qu’un phénomène : mais le moi n’est le phénomène de rien. Il vit ; et, dans le déploiement de sa propre vie, l’expérience qu’il a de son être ne fait qu’un avec son être même. La conscience de soi est donc une première expérience métaphysique qui, en nous faisant pénétrer dans le dedans de nous-même, nous fait pénétrer aussi dans le dedans de l’univers. Ainsi, en approfondissant et en dilatant l’expérience que nous avons de nous-même, et qui n’est jamais une expérience séparée, nous pouvons acquérir une expérience interne et progressive de tout le réel, comme on le voit dans l’art, qui nous rend présente l’intimité même des choses, dans l’amour, qui nous rend présente l’intimité même d’une autre personne, et dans la mystique, qui nous rend présente l’intimité même de la puissance créatrice.

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