Il faut se placer d'abord au sommet de la conscience, la où notre volonté s'engage tout entière et où la signification profonde de notre vie semble nous apparaître, pour comprendre les états inférieurs qui nous rendent esclaves quand ils demeurent isolés, et ne reçoivent une lumière que quand ils sont dépassés. Or, il n'y a que la souffrance morale que nous puissions comprendre parce que c'est nous-même qui l'engendrons comme le moyen même de notre progrès spirituel. Mais peut-être peut-on penser qu'elle rayonne encore sur toutes les autres formes de la douleur, même les plus obscures et les plus atroces. Chaque homme et l'humanité tout entière passent par degrés de la douleur physique qui n'exprime rien de plus que notre limitation, à une souffrance spirituelle qui n'abolit point l'autre, mais dont nous voyons du moins le sens et la valeur. On ne peut considérer sans effroi la masse de douleurs qui remplit l'histoire, mais le sort de la conscience tout entière a été engagé dans chacune d'elles : ce sont elles qui ont porté la conscience humaine jusqu'au niveau spirituel où elle est parvenue. Le plus beau courage pour chaque être est, au lieu de s'en détourner, d'y consentir et de les assumer à la fois parce qu'il a été formé par elles, parce qu'il ne peut pas les penser sans les faire siennes, parce qu'il est encore exposé à les subir, parce que nul n'est solitaire dans le monde et que tout le mal et tout le bien qui s'y produisent ont un retentissement sur tous ceux qui vivent : c'est à travers ce calvaire que la conscience arrive à croître, qu'elle s'affine et s'approfondit, qu'elle poursuit sa purification et sa délivrance spirituelles.
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