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Que la douleur soit un avertissement, c'est ce qu'observent tous les psychologues qui voient en elle le signe précurseur d'un péril qui nous menace. Déjà cette observation suffirait à montrer que la douleur n'est pas par elle-même un mal, mais une réaction, qui peut être bienfaisante contre un mal imminent. On frémit en songeant à quel point un être qui ne souffrirait pas, et n'aurait d'autres ressources que celles que la science lui offre pour reconnaître ce qui peut lui nuire, se trouverait démuni et exposé à la fois. La douleur est d'abord un symptôme, qui, par la protestation qu'elle suscite en nous, doit mobiliser toutes nos puissances intérieures et les tourner vers notre défense.

Cependant les choses ne sont pas aussi simples. La douleur n'est jamais proportionnelle au péril et peut même manquer quand le péril est extrême, bien que l'on puisse comprendre que, si son rôle est d'éveiller la conscience pour qu'elle songe à défendre la vie, elle cesse d'apparaître quand notre vitalité est si profondément atteinte qu'elle n'a plus de forces pour réagir.

Mais nous ne pouvons pas faire l'apologie de la douleur en disant qu'elle n'est rien de plus qu'une réaction spontanée de notre être devant le péril qui l'assaille, qu'elle est là tout exprès pour déclencher en nous des mouvements de défense. Ce serait trop accorder sans doute à l'instinct et à la finalité. Il peut bien arriver qu'il y ait en elle une menace : encore faudra-t-il toujours que nous l'interprétions. Elle n'est pas par elle-même un avertissement : mais nous pouvons faire qu'elle le devienne.

D'autre part, le péril n'est pas toujours hors de nous, il est souvent en nous : et même il arrive, quand nous souffrons, que le péril puisse faire défaut. Mais la douleur crée toujours dans notre conscience un conflit entre ce qui nous affecte et ce que nous voulons, et dans ce conflit notre conscience ne peut pas séjourner. Or, il appartient à notre activité personnelle de restituer cette unité intérieure que nous avons perdue. La douleur invite les êtres les plus légers à réfléchir, non pas seulement pour trouver les moyens de la chasser, mais encore pour la comprendre, pour saisir les raisons de ce désaccord qui s'établit tout à coup entre le réel et nous, pour le surmonter, mais par un enrichissement qui doit remplir notre vie et donner sa signification à notre destinée.

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