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Il y a une autre attitude qui, au moins en apparence, semble l'opposé de l'abattement. C'est la révolte. L'être sent dans la douleur une étrangère qui pénètre en lui malgré lui, qui occupe toute sa conscience malgré son consentement, qui domine et annihile sa volonté, qu'elle réduit en esclavage, qui ravage et détruit tout ce qu'il a et tout ce qu'il est. C'est alors qu'il n'y a pas de différence entre la souffrance et la protestation intérieure que nous élevons contre elle. Souffrir, c'est protester contre la souffrance. C'est chercher à la chasser, à l'expulser de soi, c'est vouloir anéantir les causes qui la produisent. Mais la révolte elle-même ne connaît point de limite, elle ne peut faire le procès de la douleur sans faire aussi le procès de la vie et de l'ordre du monde. La moindre trace de souffrance, celle même d'un ver, comme on l'a dit, suffirait à condamner le monde qui la permet.

Mais, c'est là une attitude négative comme la précédente. Car la douleur capte toutes les forces du moi qui sont dirigées contre elle. Le moi succombe encore sans réussir à en prendre possession, ni à la dominer. Il ne porte sur elle aucun jugement, il ne cherche pas s'il y a en elle une intelligibilité, ni si elle est la condition d'un bien qui ne peut être acheté que par elle.

Il importe de ne pas confondre la révolte contre la douleur avec le désir si naturel qu'elle cesse, ni avec l'effort que nous pouvons faire pour l'abolir. La caractéristique de la révolte, c'est de montrer notre impuissance. Et ce qui le prouve bien, c'est que la révolte rend impossible cette activité efficace et constructive par laquelle nous entreprenons, soit de tirer de la douleur le meilleur parti, soit d'édifier un monde nouveau dans lequel cette douleur elle-même serait abolie. La révolte cherche seulement à détruire, et faute d'avoir prise sur la douleur elle-même, elle porte ses coups moins encore contre les causes qui semblent la produire que contre la réalité même où elle trouve place, contre l'univers qui la contient, et, par une sorte de délire, contre moi-même qui souffre. Ainsi le mal ici réside non pas dans la douleur proprement dite, mais dans cette activité qui s'y applique et qui, au lieu de chercher à en découvrir le sens, à trouver en elle une épreuve qu'il faut surmonter pour s'agrandir et se fortifier, prend prétexte de la douleur pour se retourner contre la vie elle-même et rejeter l'être vers le néant au lieu de promouvoir le néant vers l'être.

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