La pire de toutes les difficultés, pour l’écrivain, est de savoir comment il peut solliciter l’inspiration et comment il doit l’écouter et y répondre. Le pire de tous les périls, c’est de vouloir substituer à l’inspiration quand elle nous manque, l’effort de l’amour-propre qui tente de la contraindre ou de la suppléer.
Aussi, la véritable marque de l’humilité, c’est de penser que, loin de pouvoir jamais rien nous donner, nous ne réussissons jamais à prendre tout à fait possession de tout ce qui peut nous être donné. Chaque ligne que nous écrivons est comme un essai de l’inspiration : nous ne la reconnaissons pas toujours et nous n’avons jamais pour la saisir assez d’ouverture ni assez de docilité. La règle de l’inspiration, c’est de ne jamais permettre que je m’appesantisse sur ce qui se découvre à moi dans une lumière brève et suffisante, d’accueillir ce que je reçois sans rien demander au delà, de surprendre l’instant où le contact se produit entre l’attention disponible et la vérité offerte et, quand il est rompu, de ne point essayer de le retenir ou, quand l’occasion est passée, de ne pas s’obstiner à la faire renaître.
Il ne faut rien attendre de la volonté qu’une œuvre négative qui est de dépouiller l’inspiration de trop d’apports étrangers qui s’y mêlent et qui menacent de l’étouffer. Mais son rôle est difficile : elle est, si l’on peut dire, la mise en œuvre du discernement qui, dans tout ce qui nous est offert, nous permet de reconnaître l’idée juste, la forme belle, l’action parfaite, et de nous en saisir.