Il y a sans doute un fond ténébreux de nous-même d’où surgissent tout à coup à la lumière des images qui enchantent un instant notre esprit. Elles le traversent comme un éclair : et c’est l’affaire de l’art de leur donner un corps qui les enchaîne et qui les montre à tous les regards. Mais l’inspiration ne se réduit pas, comme on le croit souvent, à cette sorte de chaleur obscure et charnelle qui accompagne l’effort même de la recherche ; elle est cette parfaite clarté spirituelle où, dans la grâce de la découverte, l’obstacle de la chair semble tout à coup s’abolir.
Cependant la difficulté est toujours de reconnaître dans cela même qui nous est proposé ce qui monte de la terre et ce qui descend du ciel. Le véritable objet de l’inspiration, c’est, en nous montrant en toutes choses une présence divine et en nous obligeant à nous effacer, de permettre à tous les hommes d’y devenir eux-mêmes sensibles. Il y a en elle une sorte de nécessité dont sainte Thérèse avait admirablement conscience. Ce que le Seigneur me découvre malgré moi, dit-elle, je le connais parce que je ne puis faire autrement. Mais demander à Notre-Seigneur de me révéler quelque chose, c’est ce que je ne me suis jamais permis. Jamais, grâce à Dieu, je n’ai été curieuse ; je ne me soucie nullement d’apprendre ce que j’ignore. Ce que j’ai appris sans le vouloir m’a coûté assez de peines.