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Il est possible, dira-t-on, que la parole cède à l’inspiration ; mais l’écriture suppose toujours le loisir et une action de la volonté. Comment ne dépendrait-elle pas de la réflexion ? Et pourtant l’écrivain se croit lui-même prophète. Dans la solitude où il est enfermé, il pense recevoir un message qui vient de plus haut, qu’il veut transmettre à tout l’univers et qui doit survivre éternellement à l’instant même où il l’a reçu.

Ecrire, c’est transcrire. Tout écrivain est lui-même un médiateur. Il est attentif et maître de lui. Mais il doit attendre d’abord que l’esprit lui parle. Et la vertu de l’écriture, c’est de nous obliger, comme la prière, à retrouver ce contact avec l’esprit pur que les occupations de la vie quotidienne nous font à chaque instant oublier.

Delacroix donne comme règle suprême de l’art : se livrer peu à peu à ce qui vient. Et chaque écrivain fait l’expérience qu’on n’écrit jamais tout à fait bien que si on ne sait pas exactement ce qui va venir. Mais toute la difficulté, c’est de savoir se livrer en effet à l’inspiration, sans lui être cependant tout à fait livré, en sachant encore la reconnaître et la diriger ; c’est, plus encore, de savoir opérer un lien entre ses révélations successives. C’est là principalement que se montre toute la force de notre génie propre.

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