Tout le secret de la parole et de l’écriture, comme de la pensée et de l’action, consiste dans une certaine fidélité à l’inspiration ; mais nous restons presque toujours en deçà ou nous allons au delà. Quand cette inspiration s’offre à nous, nous ne savons pas toujours la reconnaître et nous la laissons passer. Ou bien nous voulons la retenir et l’exploiter après qu’elle a fui. Elle se dérobe devant tous les efforts de l’amour-propre qui en suspendent le cours et ne laissent plus subsister du réel qu’une masse inerte et indifférente : l’inspiration est le rayon qui la traverse et que la volonté toute seule est incapable de produire. Elle change à chaque instant de visage et ne se renouvelle pas à notre gré. C’est une immobile mobilité, un contact évanouissant avec l’éternité. On ne réussit à la capter qu’avec beaucoup de légèreté et de délicatesse. Qui appuie trop sur elle lui imprime la marque de ses désirs et la pesanteur de son propre corps. Les idées se flétrissent pour celui qui essaie de les retrouver après leur premier jet. Ce n’est plus qu’une cendre dont il tente vainement de faire sortir une flamme qui s’est éteinte.
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