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La lecture confirme notre pensée et lui donne plus de force en nous la présentant sous une forme réalisée et indépendante de notre moi : ce moi qui craignait d’être enfermé dans une caverne solitaire a tout à coup l’impression d’avoir une ouverture sur le vaste monde. Il débouche sur une vérité qui est aussi celle d’un autre et qui peut-être est la même pour tous. En lui offrant ainsi plus de sécurité, on peut craindre que la lecture n’ôte aussi à notre pensée cette sorte d’intimité personnelle qui lui donnait sa sève et son duvet. On ne saurait nier pourtant que la lecture ne m’apprenne, par le témoignage d’un autre, à reconnaître mes propres idées et à en faire l’épreuve. Elles ne me donnent plus cette sorte de tremblement qui les entourait d’un halo quand elles n’étaient encore que miennes. Je les aperçois plus distinctement et j’en juge plus sainement. La lecture ne sert donc pas seulement à relever ce que je pense, ni à l’étendre, mais aussi à le réformer.

Le rôle de la lecture, c’est seulement de nous assurer une perception plus claire et plus sereine de certaines vérités que nous portons au fond de nous-même où nous ne pouvons les discerner que par un acte d’attention et d’amour. Elle nous apprend à découvrir leur valeur que nous avions jusque-là méconnue par la faute de l’habitude ou de l’amour-propre.

On cherche la vérité dans les livres, mais pour s’apercevoir à la fin qu’elle n’est qu’en soi-même. Il faut déjà la posséder pour la discerner quand on la trouve. Autrement comment pourrait-on donner un sens à ce qu’on lit, c’est-à-dire à tous les aspects de la vérité que les autres nous proposent ? Il faut qu’ils viennent occuper une place dans cette vue d’ensemble par laquelle chacun de nous embrasse tout l’univers.

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