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L’écriture tente de retenir l’inspiration quand elle est présente, et la lecture, de suppléer à son absence. L’écriture est un mouvement qui va du dedans au dehors, comme la lecture va du dehors au dedans. L’écrivain cherche des signes à la pensée, au lieu que le lecteur extrait la pensée des signes. Le premier crée un monde et le second le déchiffre.

Le rôle de l’écriture, c’est de fixer toutes les touches de l’esprit pur, mais le rôle de la lecture, c’est de les imprimer en nous par l’intermédiaire d’un autre. L’écriture donc suppose un contact immédiat et premier de l’âme avec le réel ; il suffit qu’elle nous permette de le retrouver ; mais elle lui demeure toujours inégale. Le lecteur n’a avec le réel que ce contact indirect que l’auteur lui a suggéré : mais il mesure ses forces avec lui et il lui arrive de le surpasser.

Nul n’écrit que pour se trouver lui-même ; nul n’écrit jamais tout à fait pour celui qui le lit, bien que son amour-propre puisse tirer vanité de cette existence même qu’il acquiert tout à coup pour un autre. Or il sait bien pourtant que le lecteur ne doit point avoir de regard pour lui, mais seulement pour son œuvre, qui s’est maintenant détachée de lui, qu’il a oubliée et où il ne se reconnaît plus. Dans tout livre que je lis, c’est moi-même encore que je cherche, c’est-à-dire l’éveil de mes puissances, comme je cherche leur exercice dans un livre que j’écris. Mais il y a une paresse de la lecture et qui n’est souvent qu’une complaisance dans le jeu de nos puissances inemployées : au lieu que l’écriture les met toujours en œuvre d’une manière plus directe et plus forte.

La lecture est une révélation dont la matière est déjà donnée ; c’est pour cela que, si elle ne nous atteint pas, nous nous en prenons à l’auteur quand il faudrait souvent nous en prendre à nous-même.

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