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Tout l’effort de l’homme quand il écrit, dit-on, c’est d’arriver à penser avec plus de clarté et de rigueur. Mais, loin de chercher à édifier un monde illusoire où ses désirs puissent se satisfaire, il doit viser seulement à acquérir une intelligence plus parfaite du monde réel, en remontant jusqu’à la source même où à tout moment il prend en nous une naissance nouvelle. L’écriture ne cesse de surmonter l’écoulement du temps, en convertissant la succession des événements en une simultanéité dont l’espace, par le moyen des signes visibles, devient l’instrument, ce que la parole, quand je la profère, ne rend pas possible. Elle me permet, mieux que la mémoire, de faire des voyages en tous sens à l’intérieur de moi-même, et surtout de me rendre présentes les parties les meilleures de mon âme, et ces règles de vie dont je suis le plus assuré et que j’oublie toujours. Elle m’oblige enfin à spiritualiser toutes les actions dont elle garde la trace, qui deviennent, grâce à elle, une sorte d’exercice de l’esprit pur et d’apprentissage de l’éternité.

Le rôle véritable de l’écriture, c’est de reconnaître ces moments fugitifs où l’homme se sent porté au-dessus de lui-même afin d’en faire pénétrer la substance et la lumière dans la trame même de sa vie quotidienne.

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