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Il est facile de s’abuser sans doute sur l’importance de l’écriture qui donne souvent plus de satisfaction d’amour-propre que l’action la plus parfaite, une sorte de présence actuelle, vivante et opérante dans la conscience des autres hommes, l’illusion de créer un monde plus beau que le monde réel et l’espoir de survivre à la mort dans la mémoire des générations futures. Mais si l’écriture nous permet de prendre possession de nos pensées et de nos résolutions, notre vraie vie est ailleurs : elle consiste à les mettre en œuvre. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il y ait souvent tant de grandeur dans un livre et tant de petitesse dans son auteur : c’est que l’écriture nous permet de prendre possession de toutes les possibilités que nous portons en nous ; mais celui-là seul trouve un accès réel dans le monde spirituel qui consent à les exercer.

Aussi l’écrivain a-t-il souvent besoin qu’on le rappelle à la modestie : car il n’atteint dans l’âme que des puissances pures et la hardiesse de leur description va toujours de pair avec beaucoup de timidité dans l’action qui les réalise. L’écrivain le plus pénétrant n’est jamais allé aussi loin dans la conscience de ses états d’âme que certains êtres qui, les éprouvant avec simplicité, ne songent pas à en écrire, et trouveraient qu’il y a quelque impudeur à le faire. Il arrive aussi que cette impudeur soit la raison du succès de beaucoup de livres où le lecteur se complaît dans le secret à retrouver les parties les plus basses de sa nature qu’il n’ose avouer à personne, ni toujours à lui-même. Qu’un autre tout à coup les lui montre, sans le désigner, cela lève sa honte et lui permet de s’abandonner.

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