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On ne s’étonnera donc pas de la puissance presque surnaturelle que les scribes ont toujours exercée. Ceux qui écrivent laissent toujours un monument plus durable que ceux qui agissent et qui ont besoin d’eux pour être capables de survivre. Ronsard a bien raison de dire que les rois eux-mêmes tiennent toute leur gloire des poètes qui les ont chantés et seraient oubliés sans eux comme des passants.

En les élevant jusqu’à la dignité des choses contemplées, ils ont le pouvoir de faire entrer dans l’immortalité les actions les plus laides comme les plus belles. Ce qui leur crée d’immenses devoirs. Car l’écriture n’est point un simple musée du passé. A travers la durée, c’est l’éternité qu’elle vise : mais elle n’éternise que ce qu’elle spiritualise. Si elle est l’instrument de la mémoire, c’est parce que la mémoire convertit en idées tous les événements et toutes les actions. Elle sauve de l’oubli les hauts faits des héros, mais pour en faire des pensées qui peuvent habiter désormais dans toutes les âmes. Car c’est la volonté qui s’est engagée dans le temps, mais non point l’esprit. Et les grandes créations de notre volonté sont destinées seulement à incarner les puissances de l’esprit ou, par le spectacle qu’elles nous donnent, à les ressusciter.

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