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Le nom même de Dieu est un nom mystérieux dont Israël ne veut point dire comment il doit être prononcé. En le nommant, il semble qu’on agisse sur Dieu au lieu de le laisser agir sur nous ; on veut qu’il nous écoute, mais on cesse de l’écouter.

Dieu est inconnaissable : son essence et sa grâce nous paraissent toutes deux instables et fuyantes, et leur éternité ne passe dans le temps que comme un éclair. Il est impossible de la fixer et de l’enfermer dans des mots. Quand il est connu, il l’est obscurément ; et les symboles dont on se sert le couvrent plus encore qu’ils ne le découvrent. Il n’y a qu’un petit nombre à qui il soit réservé d’en pénétrer le sens : ce sont les parfaits ou les spirituels. Car les sons les plus beaux sont encore trop matériels et trop grossiers pour convenir à l’esprit pur. Tous ceux qui demandent que l’on se serve pour lui de ces mots en apparence si clairs par lesquels on désigne les choses de la terre le rabaissent au niveau des choses de la terre ; ils le compromettent avec elle, ils le matérialisent, c’est-à-dire qu’ils le nient. Ils en font une idole, moins encore parfois ; car il arrive que les lettres du mot leur suffisent.

L’obscurité n’est point ici celle d’une chose voilée, elle est celle d’un acte qui ne peut pas se transformer en chose ; la clarté est le caractère de tout objet fini, que l’intelligence est capable de circonscrire, au lieu que l’obscurité est une infinité qui nous contient et qui nous dépasse, mais ne cesse de nous inspirer et de nous émouvoir. Il y a une obscurité qui est proprement un manque de lumière et une autre obscurité qui en est en quelque sorte l’excès. C’est dans la nuit des sens que la lumière spirituelle est la plus vive et dans le silence intérieur que la parole divine se fait entendre : on peut bien le comparer à la nuit qui engloutit en elle tous les objets ; mais il ressemble davantage encore à une lumière pure où nul objet ne mettrait la moindre tache d’ombre ou de couleur.

Comme l’esprit connaît toute chose, alors qu’on ne peut le connaître, comme la lumière qui éclaire toute chose n’est point éclairée elle-même, le Verbe de Dieu nous parle de chaque chose, mais ne permet pas non plus que l’on parle de lui.

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