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Le silence nous met en rapport avec Dieu comme la parole avec les autres hommes.

Les Pythagoriciens et les sages de l’Égypte honoraient Dieu par le silence. Les Gnostiques considéraient Dieu comme un abîme de silence ; car la parole divine elle-même, qui fait taire toutes les paroles humaines, donne une voix au silence plutôt qu’elle ne le rompt.

Dieu est connu dans le silence. Et c’est parce que le silence nous met en présence de Dieu que les anciens l’adoraient lui-même comme un dieu. Strabon attribue ce mot à Apollodore d’Athènes que le silence mystique honore les dieux en imitant leur nature qui est d’échapper aux sens. Il convient aux choses divines comme la parole aux choses humaines. Il accompagne l’émotion qui remplit notre âme devant l’infini. Qui le rompt rompt cette émotion et retourne parmi les choses finies. Dieu est caché : il se défend lui-même contre toutes les approches. Il échappe à toutes les paroles qui entreprennent de le désigner et de le saisir. Il ne devient jamais une chose publique. Il ne se découvre à nous que dans la solitude, et dans le secret le plus profond de notre cœur. Il exige de nous ce parfait silence intérieur qui est une sorte de discipline et de dépouillement du moi où toutes les passions se taisent, où il ne reste plus de tout notre moi qu’une pure attention à sa présence.

Le silence religieux est un silence de l’amour-propre qui témoigne que l’âme ne peut rien, sinon recevoir. Il est respect, recueillement, attente et déjà possession. La parole au contraire est souvent un oubli et un divertissement. Il arrive qu’elle tente comme de violentes effractions à l’égard des secrets de l’esprit : mais l’esprit se dérobe et ne les laisse pas échapper. Dieu ne se révèle jamais que par une touche intérieure. Ou bien, c’est la nature qui devient son langage et qui permet d’en parler en se servant de symboles.

Dieu est paix, dit Philon, et doit être adoré en silence comme si, cette paix, la moindre parole devait la troubler. Aucun mot ne le révèle, car il n’y a que lui qui puisse se révéler à l’âme quand elle est docile à son action et qu’il n’y a plus rien en elle qui la contrarie. Il y a une parenté entre le silence et le secret, qui est une sorte de silence d’élection : il ne s’agit point de garder pour soi le privilège de quelque connaissance ou de quelque puissance qui nous assurerait une certaine supériorité sur les autres hommes et que nous perdrions aussitôt si nous acceptions de les partager ; il s’agit seulement d’une présence spirituelle qui ne peut être communiquée qu’à une âme consentante et déjà purifiée ; et la proposer à une âme de chair, c’est demander qu’elle en rie, qu’elle la profane ou la souille.

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